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Tu seras une femme d'expat, ma fille...

Allons, nul besoin de me le confesser, je connais les hommes et leurs rêves inavoués ... D’ailleurs mon copain Maurice ne s’est converti au bouddhisme que dans le secret espoir d’être réincarné en femme d’expat... et pourtant, pourtant, ce quasi nirvana requiert des qualités intrinsèques qui sont loin d’être à la portée du premier venu. Aussi, voici quelques conseils, en plagiant de manière éhontée le célèbre poème de Rudyard Kipling ...

Si tu peux accepter qu’on te nomme oisive
Et sans même rétorquer, continuer sans dérive
A fréquenter salons d’ coiffure et manucure
En criant fort « Je n’en ai cure ! » ;

Si tu peux chaque jour sembler overbookée,
Cancaner sans verser dans la méchanceté,
Enchaîner coffee mornings, cocktails et thés
Tout en gardant un air blasé ;

Si tu peux recevoir toute la hiérarchie
De ton homme, sans bâiller ni montrer quelqu’ ennui
Et, embrassant tout le monde sans connaître personne
Ne jamais jouer les sauvageonnes ;

Si tu peux rester simple avec ton personnel
Sans te montrer injuste, exigeante ou cruelle,
Garder la tête froide sans prendre de grands airs
Même au pays du hamburger ;

Si tu peux supporter d’être en « économie »
Avec le chat, le chien et le hamster du p’tit
Alors que seul en « first » se morfond ton mari
Sans faire montre d’aucune jalousie ;

Si tu peux rester zen lorsque dans un cocktail
On te présente comme « la femme de monsieur Untel »
Voire même sourire que l’on te croit un peu bécasse
Car ta carrière est dans l’impasse ;


Si tu admets que ton homme ne soit pas présent
Pour tes accouchements, les déménagements,
Et que bras cassés, varicelle, appendicite
Seront ton lot, pauvre petite ;

Si tu sais prendre en charge les nouvelles arrivantes,
Distiller tes conseils, te montrer compétente,
T’occuper d’une assoc, jouer les taxis
Donner de ton temps sans répit ;

Si tu sais te garder de susciter l’envie
Eviter de prendre pour quelque cause partie,
Louvoyer entre algarades et jérémiades
Sans pratiquer la rebuffade ;

Tu mériteras tous nos louanges, femme exemplaire,
Et nul ne doute que, parfois, ton auréole te serre,
Mais sache que, simplement, sans esbroufe, ni épate,
Tu seras une vraie femme d’expat....
ma fille !

Hélène Boibien, 2010