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La bulle

Il faut crever la bulle qui étouffe la société dans l’individualisme. Le monde est une immense bulle où chacun vit dans sa bulle. Il était une fois une enfant bulle qui se métamorphosa en bulle adulte puis qui en eût marre des bulles et qui voulait vivre hors de la bulle et sans la bulle, car la bulle bien que légère et transparente commença à lui peser. Quelqu’un connaîtrait-il la recette pour briser la bulle ? Mais au fait est-ce que cette bulle s’appelle solitude ou isolement ?

Quand j’étais petite, je jouais avec mes amies et puis c’était superbe, personne ne se posait de questions. Je ne me demandais jamais ce que j’allais faire demain, ni ne m’ennuyais jamais et étais toujours entourée de personnes sympathiques. Je n’avais pas encore la notion du temps et vivais comme dans ma bulle, hors du temps. Maintenant c’est différent, car je ne vis plus dans ma bulle, car je suis consciente de tout, mais l’endroit où j’habite est une bulle matérielle. En fait, je ne rencontre personne, ni ne parle à personne et ne vois personne si je ne fais pas de démarche extraordinaire. Il n’y a pas de rencontres qui se fassent au hasard. Je préférais l’autre bulle à celle dans laquelle je vis actuellement, mais qu’est-ce qu’on peut y faire vraiment ? Je partage ma bulle avec mon mari. Je voudrais pouvoir être libre de mes mouvements et de mes modes de transport sans crainte d’agressions de personnes dérangées ou malveillantes. Quand je pense à l’enfance que j’ai vécue et à la vie adulte que je mène actuellement, cela me rend triste et nostalgique ! J’aimerais tellement vivre différemment et avoir plus de libertés. La seule arme dont on dispose vraiment est le courage. Par contre, la patience, elle dure plus longtemps et de ce fait, on ne sait pas sans le recul du temps si elle sert vraiment à quelque chose. En fait, on s’en sert parce qu’on n’a pas vraiment le choix de faire autrement. On en a besoin, c’est tout, mais on n’en voit pas toujours facilement, ni clairement les résultats. De plus, il faut avoir du temps devant soi, ça compte énormément. Cela permet de penser à autre chose qu’à la dure réalité présente. J’ai l’impression d’attendre de retrouver une vie normale comparable à celle dont j’avais l’habitude en Europe.

Heureusement personne aux Etats-Unis ne m’a jamais adressé de remarque désobligeante, ni désagréable, ni déplaisante d’aucune sorte. Bien au contraire, j’ai toujours eu l’impression qu’on m’encourageait dans ce que je faisais d’une manière positive même quand ce n’était pas grand-chose : moins qu’en France. Parfois je me dis que cela me donne plutôt envie d’avoir davantage de responsabilités, de m’occuper de personnes qui ont vraiment besoin de moi et qui me reconnaissent à ma juste valeur.

Plus de trois ans après mon arrivée aux Etats-Unis, sachez que j’ai enfin obtenu cette autorisation de travailler tant attendue ! De plus, j’ai réalisé près de la moitié de mes souhaits : visiter le pays de mon mari, étudier et trouver un travail rémunéré ! J’ai aussi appris que cela ne sert à rien de forcer les choses et que la vie nous réserve un grand nombre de surprises. Par exemple, j’ai appris que les enfants dont les parents ne parlent pas anglais à la maison sont autorisés à aller à l’école maternelle publique gratuitement dès l’âge de trois ans à condition d’être propre bien sûr.

A présent, je me tracasse moins quand il me reste des questions sans réponses et je ne déprime plus même quand je suis seule : j’arrive tellement bien à m’organiser que je ne vois même plus le temps passer. Quel progrès!

Nathalie Barry, 2004