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La femme expatriée

Ecartons d’emblée la femme expatriée célibataire envoyée par son entreprise. Cas intéressant certes mais statistiquement marginal et totalement incongru pour le sujet qui nous occupe. Appesantissons-nous… si je puis me permettre, sur la vaillante mère de famille, expédiée sans préambule ni formation ad hoc, pour la première ou la nième fois, par delà les océans.

On n’appréciera jamais assez son rôle. Héroïne méconnue, qu’elle ait fait trois voyages de reconnaissance ou confié les pleins pouvoirs à son intrépide époux parti en éclaireur, elle doit illico reconstituer la cellule familiale. Garante de l’équilibre du groupe quand le mari ‘galère’ pour les premiers papiers et se débat dans son nouveau milieu professionnel, quand les enfants ont quelques états d’âme et s’ajustent tant bien que mal à leur nouvelle école, ELLE sait qu’elle n’a pas le droit de flancher. Rassemblant son courage et ses souvenirs linguistiques, elle finit toujours par se hasarder au marché ou au mall le plus proche.

Ensuite, les profils se dégagent assez vite, après quelques tâtonnements. Nous ne reprenons que certains spécimens croisés ici ou là :

* la ‘tennis - bridge - golf’, cas classique d’expat’ tendance clubivore,
* la bienfaitrice de l’humanité qui surmonte sa culpabilité en pays émergent,
* la ‘shophaolic - boy - chauffeur - jardinier – cuisinière’, avec droit de vie et de mort sur le personnel, un rendez-vous quotidien chez le coiffeur et la carte de crédit en bandoulière,
* la mondaine évoluant avec faste dans une grande capitale OCDE,
* la ‘chineuse’ compulsive qui dévalise les antiquaires, négocie jusqu’au dernier cent et ouvrira certainement un magasin au retour,
* celle qui veut changer le pays d’accueil à soi toute seule,
* la femme en rupture de ban avec sa famille qui condamne son mari à l’expatriation à perpétuité,
* celle qui, bien qu’à l’étranger, est en fait ‘restée au pays’, téléphone tous les jours à sa mère et importe les produits de base par conteneur,
* celle qui ‘a du mal’ et rentre au bercail trois semaines avant les vacances scolaires pour ne revenir que mi-septembre (voir cas précédent),
* la ‘refileuse de tuyaux aux copines’, forcément au courant de la dernière emplette astucieuse,
* celle qui a décidé de ne rien faire mais n’y arrive pas,
* la baroudeuse, toujours entre deux voyages, ne laissant aucune chance à la constitution d’un petit magot pour le retour,
* la terreur des écoles françaises qui ferait presque regretter au directeur les syndicats d’enseignants,
* celle qui ‘enfin réalise son rêve’ et entame une nouvelle carrière dans une association ou comme décoratrice d’intérieur,
* la femme expatriée économe, venue faire sa pelote, euh, si vous en connaissez !?

Certaines femmes expatriées particulièrement douées, qu’on qualifiera de ‘cumulardes’, sont à cheval sur plusieurs catégories, ce qui ajoute encore à leur charme. Toujours est-il, qu’elles sachent bien qu’on les adore, TOUTES. Leur savoir-faire, leur abattage, leur entrain adoucissent les rudes vicissitudes de l’exil. Sans leur affection, nous dériverions, ballottés par les vents de la mondialisation. Dans les soirées, après tout, nous ne sommes que ‘les maris de …’, pauvres hommes expatriés qui ne méritons même pas un article.

*waiver/disclaimer : désolé pour celles qui ne se sont pas reconnues, la liste ne se veut pas exhaustive ; toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait bien entendu fortuite.

Philippe Robin, 2004